André van der Sloot : de grands bonheurs dans sa vie de prêtre

 

Qui parmi ceux qui ont fréquenté et/ou fréquentent encore le petit monde salésien du quartier du Laveu n’a jamais rencontré ce père au visage toujours souriant et à la parole toujours chaleureuse qui vous fait passer d’un spirituel à l’autre (traduisez de l’humour à la grandeur de Dieu).

 

Mais qui le connaît vraiment ? 

Avant son départ pour la France où ses supérieurs l’ont invité à remplir une nouvelle mission, appel  auquel comme toujours il a répondu positivement, nous avons pensé qu’il serait intéressant de l’approcher pour en savoir un peu plus sur sa personnalité. 

Nous vous invitons dès lors à nous suivre dans la découverte d’un homme aux multiples facettes, au parcours pour le moins étonnant et pour tout dire remarquable dans le milieu salésien de notre province francophone belge. 

André est né à la fin de l’année 1944 dans ce qui était encore à l’époque une commune semi-rurale de la région bruxelloise, Auderghem. 

Petite « rawète » comme on dirait à Liège, il est issu d’une famille simple comportant déjà quatre enfants (deux filles et deux garçons), d’un papa d’origine hollandaise mais arrivé en Belgique en 1914 à l’âge de 7 ans et d’une maman bonne bruxelloise et donc belge. 

Monsieur van der Sloot père était employé dans une société hollandaise mais est entré assez rapidement comme comptable à l’Electrobel (ancêtre d'Electrabel), société dans laquelle il a gravi plusieurs échelons pour terminer finalement comme chef de service de la comptabilité. La maman quant à elle a travaillé dès 15 ans comme secrétaire dans la même société où elle a rencontré son futur mari avant de se consacrer à sa famille dès la naissance de son second enfant. 

Une famille catholique pratiquante même si à l’origine le papa provenait d’un milieu plutôt protestant ce qui ne l’empêchera pas de suivre une formation et de se faire ordonner diacre en 1972 dans le diocèse de Malines-Bruxelles. 

Tout naturellement, les deux filles fréquentent une école de sœurs, les garçons quant à eux étant orientés chez les Frères Maristes pour y suivre leur scolarité primaire. 

Le papa aimait Don Bosco. André se souvient de l’avoir vu dessiner un portrait de celui-ci mais aussi de l’avoir surpris à plusieurs reprises en train de lire la BD de Jijé consacrée au grand saint. 

Le frère aîné, Paul, va montrer la voie au petit dernier : il effectue ses études secondaires chez les salésiens de Woluwé mais, par la suite il s’engagera dans la voie de la prêtrise. 

André rentre donc à son tour à Don Bosco Woluwé Saint-Pierre pour y suivre des humanités latin-grec. 

Il plaît à raconter qu’à l’époque presque tous les enseignants étaient salésiens et à souligner à titre d’anecdote qu’en 5e latine, un jeune abbé du nom d’André Stuer lui donna tous les cours sauf les maths et les langues. Excusez du peu ! 

En poésie, André acquiert une certitude : il veut devenir salésien, plus peut-être parce qu’il est séduit par l’approche des jeunes qu’il trouve chez les bons pères que par la vie religieuse à proprement parler. Quoique ! 

Ce qui l’avait frappé me confie-t-il, c’est la relation que ces salésiens créaient immédiatement avec leurs élèves (on t’appelle tout de suite par ton prénom, tu deviens quelqu’un pour quelqu’un) même si on savait faire la différence entre le travail et les temps de loisirs. On ne laisse jamais personne en rade : si tu es malade, on te récupère. 

Des rencontres décisives l’ont amené à prendre la décision définitive (notamment un professeur de français lors de cette fameuse poésie) 

L’on ajoutera que notre André fréquentait les mouvements de jeunesse à savoir le scoutisme depuis son enfance et prendre ses responsabilités il avait appris à le faire (il terminera comme chef de patrouille). 

En 1963, à la sortie de ses humanités, André rentre donc chez les salésiens. Il ne les quittera plus. 

Il commence par un noviciat de deux ans à Farnières. Internat pour la première fois. Horaire monacal, ambiance monacale mais chaleur salésienne. 

Ce sera par la suite deux ans de philo à ANDRESY près de Paris ce qui va l’amener à s’occuper d’un patronage dans les 1res cités HLM à Poissy, dans la périphérie de la capitale française. Il y rencontre Xavier Thévenot mais aussi Joseph Enger, futur premier provincial de la zone regroupant la France et la Belgique sud (dénommée FRB). 

A la fin de ce passage dans la banlieue parisienne, son supérieur de l’époque, le Père Coenraedts, Provincial de Belgique Sud, l’envoie comme enseignant à l’Ecole Don Bosco de Tournai. Il y donne cours de géographie, français, histoire et religion en ce que l’on appelait à l’époque les A4 et les A3, soit en deuxième année professionnelle et première année technique. Mais il a la charge aussi des études du soir et d’un dortoir d’internes comportant jusqu’à 90 jeunes de 12 à 14 ans ! 

Nous sommes entre 1966 et 1968. 

Au mois d’août 1968, c'est le service militaire auquel tout homme bien constitué n’échappait pas à l’époque. Il intègre une compagnie constituée tout exprès pour les religieux à savoir une compagnie d’infirmiers - brancardiers ecclésiastiques qui permettait à ses membres bidasses de poursuivre à mi-temps leurs études de théologie. 

Pendant les 12 mois, il passera d’Alost à l'HM d'Etterbeek pour terminer finalement à l’HM de Gand. Il y passera des moments dont il garde un fort bon souvenir même si le travail était lourd puisque son service comportait pas moins de 24 malades et les nuits où il était de garde c’est pas moins de 120 malades qui étaient sous sa responsabilité. 

En 1969, il retourne pour un an de stage à Tournai avant de rejoindre Lyon pour terminer sa théologie dans un consortium pour religieux. Il y retrouve Joseph Delneuville. 

Nous sommes donc après les événements de mai 1968 et il y existe ce qu’André appelle un « agréable climat d’ouverture et de recherche, tout semblait possible, à inventer y compris dans l’Eglise ». 

Etudes mais aussi week-ends en paroisse et catéchèse. La dernière année est prévue comme année pastorale : les jeunes étudiants sont invités à exercer en paroisse dans leur région et c’est ainsi qu’André atterrit comme diacre dans la paroisse Saint-François de Sales de Liège animée en 1972 par le Curé Fernand Leroy et les vicaires André Stuer et Nicolas Perdang. 

Quatre fois au cours de l’année, il rentre à Lyon pour des sessions de trois semaines d’études et de mise à niveau basées sur l’expérience vécue en pastorale paroissiale. Moments forts qui permettaient de rejoindre les questions fondamentales des personnes rencontrées. 

Le 30 juin 1973, c’est le grand jour : André est ordonné prêtre à l’ancienne église paroissiale le Liège. 

Ses supérieurs, le nomme alors professeur de religion en 3e et 5e latin-grec et en 2e technique A2. Au côté de Joseph Delneuville, il prend en charge les grands de l’internat (pas mois de 90 gaillards). Il s’occupe aussi des 12-14 ans de la paroisse mais encore de l’aumônerie de l’Unité Guide. Bref, il ne chôme pas. 

Ce métier d’enseignant, il l’a beaucoup aimé. Ce qui importe, me confie-t-il, « ce n’est pas ce que tu enseignes mais ce que tu sèmes. On n’enseigne pas la foi. On annonce au mieux qu’on peut, l’Esprit Saint fait le chemin ». 

Ce qui lui fait le plus grand plaisir, c’est le nombre très important de célébrations de mariages, de baptêmes et de communions qui lui ont été réclamées par ses anciens élèves, preuve s’il en est qu'il n’a pas perdu son temps. 

En 1982, le Père LEROY, curé de la paroisse Saint François  de  Sales,  se retire pour des raisons de santé. Le Père André STUER devient curé et c’est tout naturellement qu’il est demandé à André, ancien diacre à la paroisse et toujours investi dans les groupes de jeunes, de devenir vicaire ce qu’il accepte avec plaisir. 

Il gardera cependant un lien avec l’école conservant 8 heures d’enseignement de religion pendant 10 ans. 

En 1992, c’est une nouvelle étape : André van der Sloot prend en charge la Communauté salésienne de Liège. On notera en passant que l’on vient d’achever la construction de la maison communautaire et que la Communauté comporte encore à l’époque une quinzaine de salésiens. 

Il conservera cette fonction jusqu’en 1998 et deviendra par la suite curé de la paroisse Saint François de Sales. 

Pendant 3 ans, il exerce ce nouveau ministère aidé en cela, se plaît-il à souligner, par une très bonne équipe paroissiale gardant de ces années une pensée émue du rapprochement opéré avec la communauté protestante de la rue Lambert le Bègue à Liège et des voyages à Taizé, haut lieu de l’œcuménisme. 

Ses nombreuses qualités dont celles de gestionnaire, de rassembleur et de médiateur vont l’amener alors à exercer la plus haute fonction chez les salésiens de la Province de Belgique francophone. En 2002, il est nommé Provincial pour un mandat de 6 ans. 

Selon ses dires, fonction fort intéressante que ses supérieurs lui ont fait l’honneur de lui confier mais aussi fonction fort difficile à une époque où il lui a fallu gérer plus les départs que les arrivées avec ce que cela a pu amener comme fermeture de certaines communautés ce qui est toujours une déchirure. 

Il me parle d’un travail d’animation, d’organisation, de répartition voire de redistribution des missions, de recherche de perspectives nouvelles. Ce qu’il a toujours voulu privilégier : les visites « canoniques »  aux diverses communautés pour être en permanence à l’écoute de celles-ci mais aussi le travail en équipe avec les Pères Paul Belboom pour les communautés et André Penninckx pour les finances et orientations. 

C’est dans ces années qu’il est décidé la construction d’un nouveau Provincialat ouvert vers l’extérieur mais aussi du maintien de différents types de communautés (aide et soutien aux écoles bien sûr mais aussi paroisses, centres de jeunes et internats). 

C’est dans ces années aussi qu’on entame les discussions qui aboutiront en 2008 à l’Union des Provinces de France, de Belgique, de Suisse et du Maroc en une seule et même grande Province. 

Par la suite, André revient à Liège. Pendant 5 ans, à la demande de ses supérieurs, il fera partie du nouveau Conseil Provincial francophone et restera par la suite responsable de la Communauté liégeoise. 

André c’est aussi le travail en équipe à l’aumônerie de la prison de Lantin, mission qu’il a découvert sur le tard. 

Annoncer le Christ à des personnes blessées et qui ont blessé, qui ont fait du mal, leur faire part qu’ils conservent une dignité humaine mais qu’il y a aussi une dignité divine dans n’importe quel humain par des paroles mais aussi parfois par de simples gestes : quoi de plus passionnant, de plus beau, c’est en tout cas ce qu’il m’a fait comprendre. 

Enfin, André a été délégué auprès des anciens, d’abord à la Fédération à partir de 2008 puis également délégué auprès du Comité de Liège où il a remplacé André Penninckx. 

Pour lui, les Anciens ce ne sont pas des vieux... mais des personnes qui ont été marquées par Don Bosco non pas par l’image d’Epinal mais par celui qui continue à vivre dans nos maisons salésiennes et qui veulent continuer à vivre de son esprit là où ils sont : dans leur famille, en couple, au boulot, dans leurs loisirs... et à l’église ! Ouverture, accueil, dialogue, engagement sérieux, joie et prière. 

 

Aujourd’hui il a donc accepté une nouvelle mission que ses supérieurs ont décidé de lui confier à savoir la prise en charge d’une communauté salésienne dans une petite commune de la région champenoise à une trentaine de kilomètres de Reims dans le département français de la Marne, très exactement au collège de Binson. 

Le but est l’animation religieuse dans cette école dirigée par des laïcs mais aussi dans les nombreuses paroisses reliées à Châtillon sur Marne. Il sera aidé dans son travail par 5 confrères : 1 Français, 2 Vietnamiens et 1 Belge, bref une communauté internationale. 

Dire que cela n’a pas été un peu difficile à accepter serait sans doute mentir mais, comme toujours, notre ami André a répondu présent et, comme l’on dirait en terme footballistique, entend bien transformer l’essai en goal, prenant ce nouvel appel comme un défi qu’il compte remplir dans le temps qui lui a été imparti.

 

Nous ne pouvons que souhaiter bonne chance à André, lui dire que nos vœux et nos prières l’accompagnent. 

Avant de clôturer cet article, j’ai voulu une dernière fois lui laisser la parole et dès lors ouvrir son cœur comme il a toujours su le faire. 

 

« Mes grands bonheurs dans ma vie, c’est d’avoir rencontré une multitude de gens, jeunes et moins jeunes, avoir pu leur annoncer la parole de Dieu, avoir pu célébrer de nombreux mariages et baptêmes de jeunes qu’il m'a été donné de côtoyer, de guider et d’orienter ». 

 

Nous lui souhaitons de perpétuer ces bonheurs longtemps encore. 

A un moment où tant de monde se sent déstabilisé, il est important d’avoir des mains tendues d’adultes dont la présence pose question. 

Les mains tendues tu les as eues, André, et tu continues de les avoir. 

Puissions-nous nous en inspirer. 

Merci pour tout André et bon vent à toi ! 

 

 

Le départ officiel d’André van der Sloot

 

Ce dimanche 23 octobre, à l’église de la paroisse Saint-François de Sales c’était la fête.

André nous quitte 44 ans, pratiquement sans interruption, passés à Liège au service des autres : ce n’est quand même pas banal. 

Aussi paroissiens, des sympathisants de la Communauté salésienne de Liège (salésiens, coopérateurs, anciens et anciennes) étaient venus nombreux à cette réjouissance au point qu’il était difficile de trouver une place assise à l’église. 

Le thème de la messe :

                Aimons-nous les uns les autres,

                allons à la rencontre de l’autre

                mais aussi la prière… 

En effet, comme nous l’a expliqué notre curé Rudy Hainaux, prier ce n’est pas se contempler soi-même, ce n’est pas quémander (Dieu sait ce dont nous avons besoin), ce n’est pas faire la liste de nos erreurs (Dieu les connaît) mais c’est se mettre en communion avec Dieu et à travers lui avec les autres. 

Si le Notre Père occupe une telle place, c’est parce que cette prière nous invite à nous tourner dans un même mouvement vers Dieu et vers les autres. 

Une intention a été tout spécialement adressée à André, le remerciant et lui souhaitant bonne route vers nos autres frères, tout en espérant le revoir encore très souvent parmi nous. 

A la fin de la messe, Nicole Delanaye a pris la parole au nom de tous les paroissiens avec une verve et un humour qui n’appartient qu’à elle, destinés à camoufler l’émotion qui étreignait l’assistance. 

En trois mots, elle a dit résumer les fonctions exercées par l’intéressé à Liège : « cher Père André, VDS, Abeille ». Vicaire puis curé, aumônier des Guides, professeur, directeur de communauté et enfin aumônier à la prison de Lantin. Il a su, selon elle, se rendre indispensable dans toutes les missions qui lui ont été confiées. 

Il m’est apparu judicieux de terminer ce petit compte rendu en reprenant in extenso la finale de son intervention : 

 

« Ton totem (abeille ordonnée) me pousse à la métaphore... 

Il est sans doute temps, le pensent certains, que l’ouvrière quitte la ruche paroissiale pour aller voleter un peu plus loin... 

La récolte du miel n’y sera sans doute pas aussi succulente qu’ici à Liège, au Laveu... où les fleurs sont exceptionnelles... 

Mais enfin, au beau milieu des vignes, au printemps, tu auras à faire, et je suis certaine que les producteurs de champagne vont s’étonner de la qualité de la prochaine cuvée... 

Bon travail, donc, mais pas trop, juste assez, pour avoir le temps de penser à ton ancienne ruche, d’y revenir souvent... on se réjouit déjà de te revoir ! »

 

 

Pour les deux textes, merci à Michel SCHOLTES et Paul PARMENTIER pour les photos