Extraits du site « www.don-bosco.net/ » 

Les mots du jour du 6 au 12 novembre ont été rédigés par Paul SIMON

Mon cher pied…

 

 

 

 Tu es sans doute le premier à t’étonner que je t’écrive. C’est vrai, après 19 ans de vie commune en tête à tête, ou plutôt en tête à pied, on pourrait croire que l’on n’a plus rien à se dire... Discret, tu me conduis d’un pas ferme où que j’aille, sans même broncher face à mes manques d’attention. Tu t’amuses juste lorsque, quand je trébuche, tu prends pour l’espace d’un instant la place du sommet de mon corps. Mais, humblement, tu reprends toujours ta fonction au plus près du sol. En me tenant droit sur toi qui me soutiens, je prends soudainement conscience qu’en fait c’est toi, mon pied, qui me définis. Le bipède que je suis n’aurait aucun sens sans toi. Dans les hautes profondeurs de ma boîte crânienne, il me semble alors évident que depuis ta modeste place, tu es sans aucun doute ce qui me rend le plus humain. Je me suis donc dit que je te devais bien ces quelques mots.

Mon pied, j’ai appris que l’on t’attribuait deux grandes fonctions, une première de mouvement et une seconde d’équilibre et de soutien. Il est indéniable que s’il y en a bien un qui m’a toujours soutenu, c’est toi. Agilement et avec délicatesse, tu assures mon équilibre sur la terre. Tu assures en fait mon contact avec le sol m’obligeant à avoir les pieds sur terre. Comme un constant rappel à mes hautes rêveries, tu m’obliges à être dans le palpable, enraciné dans ma réalité en me disant que tout en moi vient du sol.

Oui, mon pied, tu m’obliges à être dans le palpable, enraciné dans ma réalité en me disant que tout en moi vient du sol. C’est d’ailleurs comme cela que Dieu est accessible : au plus près de la terre. En face du buisson ardent, Moïse ne sait entendre Son vrai Nom qu’une fois les pieds nus dans la poussière. C’est par l’enracinement de ta semelle dans le concret que tu m’offres l’occasion à moi aussi d’écouter et de rencontrer Dieu. Lui, comme toi, s’ancre dans la réalité, pleine de joie, de douceur, de bonheur mais aussi de violence, de douleur (les serpents, les épines et le rugueux). Tellement que Ses pieds à Lui ont été d’ailleurs cloués sur la croix.

Toi, mon pied, tu m’entraînes dans une course folle m’élevant vers de hauts sommets ouvrant de nouveaux horizons. Tu m’en as déjà fait parcourir du pays et gravir des montagnes pour m’ouvrir, me faire grandir et aimer ! A travers les merveilleux paysages, je n’ai qu’une seule envie, c’est de chanter en cœur avec Isaïe : « Qu’ils sont beaux sur les montagnes, les pieds de celui qui apporte les bonnes nouvelles et qui annonce la paix », (52, 7).

Malgré ta faim insatiable d’avancer et d’aller de l’avant, tu sais aussi t’arrêter. Tu es parfois têtu et une fois décidé, rien ne te déplace. Tu ne peux t’empêcher de stopper notre élan pour te planter au milieu des rues pour me faire taper du pied et te faire entendre. Tu protestes fermement contre ce qui te révolte sans jamais accuser ni prendre les armes. Toi qui te fais si facilement écorcher lorsque tu croises une épine ou un bout de verre…

En te libérant, toi mon pied, chaque jour de la couverture laineuse ou cotonnée dont je t’orne le matin, quand je te tiens alors nu entre mes mains, si fragile, je repense à ce geste magnifique du lavement des pieds. C’était pendant le dernier repas que Jésus avait partagé avec ses amis avant d’être crucifié. Jésus s’est levé de table, il a noué un tablier et s’est mis à laver les pieds de ses disciples. T’imagine la tête des douze... leurs yeux ébahis... leur malaise... N’est-il pas devenu fou, leur ami Jésus ? Sans se précipiter, à genoux, Jésus ne prend pas la tête de ses disciples en main, avec tous leurs rêves, leurs grands idéaux, leur envie de grandeur… Le Fils de Dieu prend, dans ses mains, les pieds de ses disciples…, les fragilités, les faiblesses. Jésus ne lève pas la tête, il ne fait pas de différence entre les amis et les ennemis, entre les fidèles et les traîtres…

L’Eucharistie nous engage ainsi à cheminer ensemble vers cette terre d’amour et de service. Tu es celui qui me permet de me mettre en route et comme un pèlerin infatigable, tu nous fais avancer vers les autres et vers Dieu.

Cher pied, tu n’es pas qu’un simple pied sur lequel je marche à longueur de journée.

C’est en toi que réside ma foi. Tu es ce qui me rend divinement humain !

Bref, ma foi, c’est le pied !

 

Paul Simon

 

 

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